Among men and horses by M. Horace Hayes, 1894, p.348, Duke of Rutland

Les rencontres d’un globe-trotter irlandais

On peut qualifier le vétérinaire irlandais Matthew Horace Hayes (1842–1904) de polygraphe, tant il a écrit sur des thèmes très variés autour du cheval. L’homme de cheval revendique un solide bagage équestre, accompagné d’un passage par la Royal Military Academy et par la 19th Brigade Royal Artillery, sous les ordres d’un bauchériste enthousiaste, Mr Wilkinson. En plus de ses conseils et diverses considérations dispensés sur l’achat, les soins, le débourrage, l’équitation des dames, les courses ou la chasse, Hayes a également pris soin de rassembler ses souvenirs de voyages dans plusieurs titres; dans Among men and horses, publié la première fois en 1894, l’auteur, accompagné de sa femme, détaille leurs tribulations équestres dans le monde entier, colonies britanniques comprises. Ses anecdotes transitent par l’Inde, la Chine, l’Allemagne; Gibraltar, Malte, l’Australie ou l’Afrique du Sud; on assiste aux réunions à Newmarket ou au Dublin Horse Show; On croise, entre autre,  le Dr George Fleming, Buffalo Bill, Auguste Raux ou James Fillis, tel un inventaire à la Prévert.

Hayes incarne le sportman par excellence, à la fois adepte de l’équitation d’extérieur, et amateur d’équitation savante, curieux, lecteur aguerri de la littérature équestre française de l’époque.  Son avis sur Baucher demeure bien tranché malgré sa formation initiale. Pour résumer la méthode de l’écuyer français qu’il juge obscure, il assène, acerbe, à l’anglaise : «Pour voyager ou sauter à l’extérieur, garder un cheval rassemblé est aussi approprié que de tenter d’utiliser le “pas de l’oie” pour une journée de marche. (/For a long journey or for cross country work, keeping a horse at the rassembler would be as appropriate as attempting to utilise the ‘ goose step ‘ for a day’s march.)»

Plus loin, il relate une anecdote cinglante contée par Fillis : durant le temps passé auprès de Baucher, celui-ci affirme ne l’avoir jamais vu sortir du manège ou du cirque. Et d’assurer, perfide, que l’écuyer réputé, alors qu’il était à cheval, aurait répondu à un de ses visiteurs distingués, que ça lui prendrait trois mois de dressage pour sortir du manège et porter un courrier comme on lui demandait en service. Hayes y vu là une illustration de l’échec de la diffusion de cette méthode en France et en Allemagne.
Malgré le coté acrimonieux de Fillis, Hayes, reste son fervent admirateur: il s’est même déplacé jusqu’à Hambourg pour le voir se produire au Cirque Renz, où sa belle prestation sur le beau Germinal tamisera les propos acides du vieil écuyer. Il s’amuse même de l’égo de Fillis et de sa piètre opinion des autres cavaliers, en allant le taquiner en évoquant Étienne Barroil. Tel un chiffon rouge devant un taureau, Fillis a réagit :«Que peut-il savoir d’un cheval ? Il pèse 80 kilos.(/What can he know about a horse ? He weighs 80 kilos.) ».
Idem avec le Baron de Vaux: Fillis s’est senti bafoué par les propos tenus dans son Écuyers et Écuyères. Il justifie cet affront par le fait qu’il n’a pas laissé le chroniqueur mondain participer à l’écriture de son livre qu’il affirme avoir fait tout seul. Hayes n’a pas l’air complétement dupe : il sait que le Tigre, George Clemenceau, est la véritable plume cachée derrière l’éminent Principes de dressage et d’équitation (1890)… Les autres écuyers lui ont rendu la monnaie de sa pièce, en critiquant en retour son usage immodéré de la force.

Le livre de Hayes reste un divertissant témoignage illustré de son époque. Pour preuve, l’index des noms présent en fin d’ouvrage : un véritable Who’s who de l’époque!

 

Among men and horses by M. Horace Hayes, 1894, p.186
Among men and horses by M. Horace Hayes, 1894, p.186

 

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