Retour du colloque d’Aix-la-Chapelle avec le Comte de Comminges

Le sixième colloque de La Bibliothèque Mondiale du Cheval, le 17 août 2026, pendant les Championnats du Monde d’Aix-la-Chapelle s’est tenu dans le Centre Charlemagne dirigé par l’éminent Docteur Professeur Frank Pohle. Un cadre, au cœur de la vieille ville, offrant toutes les garanties, notamment techniques au bon déroulement du programme. La totalité du colloque fut diffusée en streaming sur le site de ClipMyhorse et visionnable ici . Faut-il ajouter que le soutien du consulat de France à Aix-la-Chapelle et de la Consule honoraire, Angelika Igens en personne, fut tout aussi précieux ?

Si le choix des différentes thématiques et des différents intervenants pour les traiter furent à la hauteur des attentes il reste peut-être à admettre que la réponse à la question principale de la journée, à savoir « pourquoi l’Allemagne domine-t-elle le dressage mondial depuis cinquante ans ? » ne releva finalement que d’une tentative, tant les tenants et aboutissants exigent de réserve. Les connaisseurs et les passionnés (souvent les mêmes) apprécieront !

Un voyage en Allemagne qui, alors que nous en revenions, nous en rappela un autre, vieux de plus d’un siècle ! Celui de Marie-Aimery, Comte de Comminges (1862-1925), auteur assez prolifique de la fin du XIXe siècle et début du XXe. Un écrivain "cheval" comme l’époque —compte tenu de l’importance des équidés en cette période de transition économique et sociale ou jamais les chevaux ne furent aussi nombreux et nécessaires (transport, agriculture, armée)—, en compta de nombreux : outre les célèbres écuyers L'Hotte, Pellier, Fillis, Baucher qui écrirent sur l’art et la technique équestre on pense plutôt à Baillehache, Montigny, Gayot, Rélier, Gallier, etc…
Le Comte de Comminges, issu d’une grande famille de militaires, n’échappa pas ni à l’éducation, ni à la tradition. Jeune Sous-officier porte-fanion du général de Négrier au Tonkin, il passera avec le grade de Lieutenant-écuyer, par Saumur. À 35 ans, en 1897, il est promu capitaine de cavalerie légère mais démissionnera de l'armée deux ans plus tard, en août 1899. C’est que, derrière le militaire et le cavalier, se profilait un journaliste (encore sous les drapeaux, il avait déjà publié quelques ouvrages sur les soins et le dressage) mais aussi un écrivain qui développera dès lors, simultanément, une activité de romancier sous le pseudonyme de Saint-Marcet, mais pour ce qui nous intéresse, de spécialiste de la "chose" hippique et/ou équestre, avec une production assez abondante. Il collaborera notamment au Mercure de France, sera lauréat de l’Académie Française et deviendra membre de la Société des gens de lettres et de l'Association des journalistes parisiens.
Et l’Allemagne dans cette histoire ? Nous sommes en 1911. Et tant l’instinct, que, peut-être, le contexte familial du Comte de Comminges, marié à Paule Marie Nahida Waldner de Freundstein (1864-1960), fille du Général d’armée français Godefroy de Waldner de Freundstein (1824-1917), dont l’illustre famille est alsacienne, le poussent à aller faire un tour de l’autre côté du Rhin. Le sujet de son "reportage", car tel nous apparaît le livre titré À travers l’Allemagne hippique, publié chez Plon Nourrit (l’un de ses deux éditeurs avec Legoupy): l’état de la cavalerie allemande trois-ans avant la Grande-guerre ! Prémonitoire ?
C’est ici que vous pourriez légitimement vous demander quelle mouche nous a piqué ! Pourquoi ce "flash" à notre retour d’Aix-la-Chapelle. Très simple. Trop simple peut-être ?
Parce que le ressenti du comte de Comminges au terme de son travail d’observation, d’analyse de la cavalerie militaire allemande, tel qu’il le développe dans l’introduction de son livre est de nature comparable —voire discutable— à celui que nous éprouvons aujourd’hui à l’étude de la cavalerie sportive. Les finalités ne sont évidemment pas les mêmes, les contextes non plus, mais deux éléments essentiels, deux "composants" de la réflexion sont eux, inchangés : le cheval, soit ! Mais surtout l’homme, sa nature, celle de son sol, de son histoire, de son caractère.
Lisons : […] « Il ne faut pas croire que l’Allemagne possède beaucoup d’hommes de cheval, beaucoup de véritables cavaliers. Les uns et les autres m’ont paru bien plus rares, au point de vue mentalité, beaucoup moins cavaliers qu’en France et, en tant que pratiquants, beaucoup moins perçants que les nôtres. Les spécialistes allemands eux-mêmes font preuve d’une curieuse étroitesse de vues dans l’application de certaines méthodes de sélection, méthodes issues beaucoup plus du caractère même de la race humaine germanique et des habitudes de lenteur disciplinée, rythmée si l’on veut, que de l’expérience sportives et cavalières. » Allons bon ! Nos cavaliers n’avaient, n’auraient encore rien à envier à nos voisins ? […]  « C’est en contemplant les beaux sujets de l’élevage cavalier allemand qu’on ressent, je vous l’assure, combien sont mesquines, fausse, voire coupables toutes les tentatives égoïstes qu’on oppose en France à une meilleure production cavalière, c’est-à-dire à l’intérêt national même. » Pourquoi, en effet n’a-t-on davantage essayé de produire des chevaux de dressage en France ? Une politique volontariste, disons de l’offre, pour employer le langage d’aujourd’hui, n’aurait-elle pas eu pour effet de développer l’intérêt pour la discipline du dressage ?   […] « En France, les pouvoirs publics encouragent surtout le cheval qui se fait; car ce n’est point meilleur cheval que subventionne le gouvernement, mais bien les éleveurs de telle ou telle région… Les encouragements à l’élevage chevalin ne sont pas — pour parler comme les allemands— objectifs, mais subjectifs et c’est là une cause grave de ralentissement pour tout progrès. » Idem !
 Voilà ce que l’on ne voit pas en Allemagne et voilà pourquoi cette dernière est arrivée, avant nous, à doter sa cavalerie d’un cheval de troupe bien racé et possédant, avec un excellent modèle, des allures parfaitement cavalières ». CQFD.

Xavier Libbrecht