Raabe, l’intrépide officier bauchériste

«Cavalier remarquable et un esprit ouvert, vif, assez frondeur», voilà comment Mennessier de La Lance résume les qualités du capitaine de cavalerie Charles Raabe (1811-1889). Surdoué, on lui confie l'instruction des jeunes recrues du sixième Lanciers un an seulement après avoir commencé l’équitation. Le général Decarpentry assure que cette "figure originale de la pléiade bauchériste" a été un «théoricien rigoureux, exécutant remarquable, l’un des piliers de la nouvelle Église équestre, tant par ses ouvrages que par son enseignement pratique.». Il a été aussi un «critique impitoyable, polémiste ardent et sarcatisque, il a porté à la méthode du comte d'Aure le coup le plus sévère […]». Son esprit bravache et son attachement au bauchérisme eurent probablement raison de sa carrière militaire : il restera capitaine après trente et un ans de service.

En 1842, déjà un peu initié à la méthode de François Baucher, Raabe part à Saumur suivre le cours des officiers d’instruction, sous le commandant Rousselet ("l’homme qui savait parler la langue des chevaux" dixit Decarpentry, mais farouche opposant à la méthode). Lorsque Baucher vient donner des leçons en 1843, le jeune officier y assiste comme il peut, en dehors de ses heures de service, avant la fatale révocation de la méthode. Cela a suffi à aiguiser sa curiosité et il profita d'une longue permission pour aller suivre les cours de l’écuyer à Paris, à ses frais. Il devint rapidement un de ses meilleurs élèves. Rentré dans son régiment, Raabe continua de pratiquer la méthode, faisant foin des conséquences que cela pourrait engendrer : son refus d'appliquer le manuel militaire à la lettre lui valut trente jours d'arrêt pour insubordination.

Ses frasques ont-elles inspirées le personnage de Gardefort si cher à Morand ? Lors de la Guerre de Crimée (1853-1854), un épisode romanesque est resté célèbre : pour répondre au défi lancé par un officier anglais, le capitaine Nolan, perché sur une estacade de douze mètres de haut, Raabe fit plonger son cheval d’une seule demande à l'éperon dans la mer. Son cheval se noya et on eu du mal à le repêcher, empêtré dans son fourniment... Cette péripétie lui vaudra une nouvelle mise aux arrêts qu'il transforma de nouveau en temps de réflexion et d’écriture. De ces pauses forcées sont nées nombre de ses ouvrages, amendements à la méthode Baucher pour en permettre l’instauration dans l’armée, impitoyables critiques envers d'Aure ou Daudel, études poussées sur la locomotion, etc. S'il est resté un fervent un bauchériste contre vents et marées, il y apporta, entre autres, des précisions d'importance sur les usages de l'éperon ou de la cravache. 

Son travail sur la locomotion est encore salué par Decarpentry qui résumera plus tard: «Raabe a étudié avec une perspicacité remarqua­ble la locomotion du cheval, et il en a établi une théorie qui le classe au premier rang des maîtres de l’hippologie. Lorsque cinquante ans plus tard, la chronophotographie put fournir sur le méca­nisme des allures des séries de documents irréfuta­bles, ils confirmèrent l’exactitude de la plupart des observations que Raabe avait faites avec le seul secours de ses yeux, et la justesse des déductions qu’il en avait tirées».
 
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