Avoir du tride

« La Courbette est un saut plus relevé de devant, plus écouté & plus soûtenu que le Mézair. Les hanches doivent rabattre & accompagner le devant d’une cadence égale, tride & basse, dans l’instant que les jambes de devant retombent à terre. »  La Guérinière

Lorsque le célèbre écuyer du XVIIe siècle amorce la définition de ce saut d’école dans son École de cavalerie (éd. de 1751, p.139), il qualifie l’attitude de l’arrière-main du cheval avec un adjectif très peu rencontré, "tride".
Le dictionnaire de l’académie française ne donne pas plus de précision sur ce vieux terme de manège :« Qui est vif, prompt, serré. Ce cheval a des mouvements trides. Son action est tride, vive et prompte ». Celui du CNRTL propose une étymologie probablement empruntée à l'espagnol trido « prompt, vif » (du pas d'un cheval), au latin tritus « rompu à, exercé », et au participe passé de terere « frotter, polir ». Pour le Littré, "tride" vient l'anglais tread, allure, de to tread, marcher, qui est l'allemand treten ou l'anglo-saxon tredan. Le mot est complétement absent du Manuel d'équitation et de dressage de 1916.


La Guérinière attribue ce terme à Salomon de la Broue (p.173) et précise : « il s’en est servi pour exprimer les mouvements prompts, courts & unis, que font les Chevaux avec les hanches, en les rabattant promptement sous eux. On dit d’un Cheval, qu’il a la carrière tride, c‘est à-dire, qu’il galope court & vite des hanches. ». Effectivement, dès le début du Cavalerice Francois, "Carriere Tride" est employé en Italie selon La Broue, et se défini : « Quand les temps et les mouvements de la course sont résolus & druement gratés & battus. »
On retrouve le terme également dans le Dictionnaire de Baucher (ed. de 1851, p.306) : « Tride est une qualité du cheval qui lève les jambes avec vitesse, et leur donne une cadence régulière. Cela se dit surtout des jambes de derrière, quand, malgré le poids plus considérable dont elles sont surchargées, elles quittent le sol par un mouvement prompt; on dit alors : Ce cheval a du tride. »

Pour l’écuyer, "avoir du tride" est une véritable qualité :  « C'est une beauté pour les chevaux de manège ; ils se cadencent plus agréablement, et comme ce mouvement leur est naturel, ils le prennent et le conservent tout le temps qu'on les recherche. Ces chevaux ont pour l'ordinaire de bonnes hanches et d'excellents jarrets. Si le cavalier parvient à donner du tride à un cheval dont la construction s'oppose à ce mouvement, il pourra s'arroger le titre de savant cavalier. ». Cependant, il met en garde : « Il faut bien se garder de confondre le mouvement moelleux du tride avec la contraction convulsive de l'éparvin sec. »

Peut-être qu'il faudrait remettre ce terme au goût du jour lorsque que l'on décrit l'action d'un cheval qui a du brillant lorsqu'il engage son arrière-main?


En savoir plus :
·      La Guérinière
·      Baucher

 

 

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