Miss Power O’Donoghue, influenceuse avant l'heure?
Aujourd'hui, publier des ouvrages d'équitation, promouvoir une méthode d'apprentissage ou partager ses connaissances vétérinaires n’a rien d’exceptionnel pour une femme. Il en allait tout autrement à la fin du XIXe siècle. Dans un paysage éditorial largement masculin, l'Irlandaise Nannie Lambert Power O'Donoghue (1843-1940) occupe une place singulière. Cavalière accomplie autant que femme de lettres prolifique, elle a commencé par publier ses réflexions équestres dans l’Illustrated Sporting and Dramatic News. Ses articles, plébiscités par les lecteurs (et lectrices), sont rapidement réunis dans un premier livre, Ladies on Horseback (1881) puis dans un second Riding for Ladies (1887). Ils rencontrent un large public en offrant aux femmes un enseignement équestre spécifiquement pensé pour elles. Son second ouvrage, traduit en cinq langues se serait vendu à plus de 94 000 exemplaires, un chiffre conséquent pour un livre d’équitation.
Son approche séduit autant par sa clarté et que par son pragmatisme. Elle y aborde la position de la cavalière en selle d'amazone, l'emploi des aides, le franchissement des obstacles, le choix des chevaux ou encore les soins à leur prodiguer. Mais au-delà de la technique, elle défend une certaine idée de l'équitation : un art exigeant, fondé sur le courage, la persévérance et le respect du cheval, loin d'une simple pratique mondaine destinée à briller en société.
La jeune Ann Lambert, surnommée « Nannie », avait découvert l'équitation vers l'âge de quinze ans sous la direction d'Allan MacDonogh, ancien jockey de renom. Elle fréquente dès lors les meilleurs équipages d'Irlande. C'est d'ailleurs lors d'une réunion à laquelle elle participe avec son amie l'impératrice Élisabeth d'Autriche — la célèbre « Sissi », elle-même bonne cavalière — qu'elle prend conscience du manque de conseils pratiques destinés aux femmes. Ses réflexions sont nourries de cette expérience de terrain. Elle avait déjà publié de nombreux poèmes, nouvelles ou romans dont certains se déroulaient déjà dans le monde du cheval qu'elle connaissait bien où elle mettait en scène des personnages féminins vertueux et valeureux. Mais victime d'une grave chute en 1881 qui l'empêcha de chasser à nouveau, elle se consacra pleinement à l'écriture de ces fameux manuels où figure sa prière du cheval, véritable plaidoyer pour le respect de l'animal encore applicable de nos jours.
« A HORSE'S PETITION TO HIS OWNER.
Going up hill. Whip me not.
Going down hill, Hurry me not.
On level road, Spare me not.
Of hay and corn, Rob me not.
Of pure water, Stint me not.
Of fresh air, Deprive me not.
To damp bed, Subject me not.
With brush and sponge. Neglect me not.
Home from grass, Physic me not.
Tired or hot, Wash me not.
Sick or cold, Chill me not.
With bit and reins, Jerk me not.
When you are vexed, Strike me not.
When old and grey, Despise me not.
When past my labour. Work me not.
When sick and dying, Leave me not.
And, when dead —
FORGET ME NOT.»
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