3 versions du tableau de Bacharach

De la traduction numérique du tableau de René Bacharach

Le tableau synoptique des écuyers français du XVIe au XXe siècle par René Bacharach à l’origine publié dans un supplément de l’Année Hippique en 1962 est désormais édité dans une version numérique enrichie par La Bibliothèque Mondiale du Cheval.
L’étude commentée de cette frise chronologique, formant un immense tableau synoptique, accompagné d’un article d’une dizaine de pages sur l’histoire de l’équitation dite académique est probablement ce qui a été fait de mieux — visuellement parlant —  en la matière, jusqu’à aujourd’hui.
Tout au long de ce tableau, qui avance dans le temps du XVIe siècle à la moitié du XXe, Bacharach a inscrit les noms des écuyers les plus importants — ceux qui ont écrit et publié sur leur art —, en y ajoutant les indications bibliographiques idoines et les relations (ou influences), des écuyers entre eux.

Un travail de bénédictin que celui de René Bacharach, réalisé à partir d’une feuille de papier, d’un crayon et d’une gomme, le tout au service d’une passion et d’une connaissance hors pair du sujet.

Une fois n’est pas coutume !
Celui réalisé soixante ans plus tard par le Pôle du document numérique de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines (MRSH) de l’Université de Caen (Normandie),  dirigé par Pascal Buléon et coordonné dès le début du projet par Pierre-Yves Buard, qui permet à La Bibliothèque Mondiale du Cheval de se développer depuis son lancement en 2018, mérite d’être aussi évoqué.

Exemplaire, son savoir faire en matière d’identification de sources, d’annotations de textes, de mises en relation de parties de textes, de reconstitution d’une transmission, de recherche contextuelle !
Oui ! car au bout du compte, ce concept complexe, abstrait, un peu flou dit de « numérisation intelligente » appliqué au travail d’auteur de Bacharach, le rend tout simplement plus vivant, plus passionnant, enrichi et enrichissant !

La numérisation intelligente ? Pour Pierre-Yves : « Un exercice de haute voltige qui entend la maitrise d’un ensemble de techniques, de pratiques et une méthode de travail qui, mis bout à bout, peut donner un résultat étonnant. C’est comme le moteur à explosion ! Cela nous apparaît aujourd’hui normal… Mais n’était-ce pas, pour les premiers qui l’ont entendu tourner, ni plus ni moins que de la sorcellerie ! ».

De fait, Marie-Laure Peretti responsable de projet (précisément ingénieur d’études et  chargée de projet ndla) qui a joué un véritable rôle charnière, à la fois garante de l’intégrité du propos de René Bacharach et de sa déclinaison numérique considère-elle — on lui passera son anglicisme —, la version disponible en ligne (lien) comme « work in progress. Et d’ajouter : « Nous ne sommes pas au bout des perspectives de développement du tableau ».

Et de revenir sur les débuts du projet, il y a plus de deux ans : « L’écoute lors de l’évocation du sujet, la justification de son intérêt, ce qui doit être garanti pour préserver la pensée de l’auteur, la façon d’y parvenir mais surtout ce qu’il convient de prévoir, voilà ce que furent les premiers temps de l’opération. En deux mots, établir un modus-operandi avec Pierre-Yves Buard et l’équipe de collaborateurs du Pôle du Document Numérique, en particulier Orderic-Vital Pain, Julia Roger, Subha-Sree Pasupathy et Anne Goloubkoff ».

C’est une phase riche et stimulante pour toutes les parties. Pour l’équipe de développement cela vient s’ajouter, si ce n’est s’inspirer de projets équivalents déjà aboutis, en l’occurrence pour le tableau synoptique de Bacharach le modèle technologique retenu fut celui qui fut utilisé pour le développement de la bibliothèque ichtyologique à savoir un corpus de textes anciens en latin consacré à la connaissance des poissons (nom de code Ichtya dans la collection de bibliothèques numériques développée par la MRSH ndla) ».

L’étape suivante fut plus discrète, austère. Pour Marie-Laure, seule devant sa copie cette fois, « il s’agit de s’équiper d’un stabilo et de procéder au relevé des données et de les inscrire dans un document informatique : numéro de l’écuyer-auteur dans la base de données de LBMC, sa biographie, son importance (points, étoiles) que lui accorde Bacharach, etc. ».

À ce stade l’implication d’Orderic-Vital est d’importance. « C’est  l’agent de police du code » formule amusée Marie-Laure. « Il m’a aidée à aligner les données entre ce qui était déjà enregistré dans la base de la LBMC et les nouvelles entrées. Tout est décortiqué : vérification, interprétation du fléchage qui n’est pas toujours parfait ; le tableau est dense, la lisibilité parfois difficile : « cela demande beaucoup de vigilance. Sur les 200 noms listés, les 600 relations entre les écuyers telles que l’auteur les a entendues, j’ai hésité sur une dizaine de noms ou sur les relations que j’ai finalement pu valider. Il a fallu patiemment recouper les différences entre les données de l’ébauche, de la version définitive de Bacharach et celle de la base de LBMC. Si elles subsistent après ce travail de recoupement, elles sont mises en exergue. Je ne tranche pas. Ce travail d’inventaire continue au fil du temps. Il n’est pas figé ».

Où l’on en appelle aux ingénieurs du Certic
S’ensuivit la mise en tableau des données ainsi entrées. « C’est un travail qui s’est fait main dans la main avec l’équipe du Pôle. Il a fallu plusieurs essais avant de trouver la bonne méthode afin que le tableau puisse entrer dans l’écosystème de La Bibliothèque Mondiale du Cheval ».

Des mois d’échanges avant que Pierre-Yves et l’équipe ne reprennent complètement la main, cette fois pour développer la modélisation par graphe : « Le vrai problème consistait à intégrer la ligne de temps, la mise en graphe de la frise temporelle qui fait l’intérêt majeur du tableau conçu par Bacharach. Il a fallu faire appel aux ingénieurs du Certic cellule de développement informatique de l’établissement pour les programmes de recherche ».

« Le Certic a développé le cœur du système » explique de son côté Pierre-Yves : « la pièce maitresse dont dépend la spécificité du tableau, en l’occurrence cette frise temporelle. Moi je me suis contenté de récupérer le  résultat et de l’intégrer dans le dispositif, de l’ajuster ».
À l’entendre, il a opéré pour le tableau de Bacharach comme pour les dizaines de sujets déjà traités par le Pôle, à savoir en ingénieur, en professionnel… Se passionner pour telle ou telle thématique peut-il être le gage d’un meilleur résultat ? « C’est difficile à dire… Sur le plan technique je ne le pense pas. On applique, on décline. Mais l’intérêt particulier que l’on peut porter pour tel ou tel sujet joue sans doute sur l’enthousiasme pour son développement. Et de joliment formuler ce qui fut le sien avec le tableau synoptique de Bacharach : « J’ai toujours eu une histoire torturée avec les chevaux ».

Quoi qu’il en fût, quelques semaines plus tard Marie-Laure Peretti recevait un lien lui donnant accès à une version bêta du tableau. « C’était magique. J’ai testé le tout pendant une quinzaine de jours, effectué quelques aller et retour de corrections avec l’équipe du Pôle avant de l’attacher à l’étude commentée qui était en ligne».

Satisfaite Marie-Laure Peretti ? « Moi jamais ! Ce que j’appelle la photo de famille de ceux qui ont écrit l’histoire de l’équitation académique française, le legs de ce tableau de René Bacharach à Patrice Franchet d’Esperey qui nous l’a généreusement confié méritait qu’on le développe. Et ce n’est pas fini. Il reste des améliorations à apporter au niveau du graphisme, mais aussi des fonctions de recherche ».

Propos recueilli par Xavier Libbrecht

En savoir plus:

– Le tableau version numérique enrichie
– L’étude commentée
René Bacharach